Street Photography par Mauvais Temps : Sortez Votre Appareil !
- ericforey
- 8 déc. 2025
- 6 min de lecture
Quand le ciel boude, la ville révèle son vrai visage
Dès que les premières gouttes tombent, que les flocons commencent à virevolter ou que la brume engloutit les buildings, la plupart des photographes replient leur matériel et rentrent à l'abri. Et c'est précisément là qu'on repère les vrais motivés : ceux qui sortent leur boîtier et profitent de ce que la ville devient quand le ciel décide de faire des siennes.
Pluie, neige, brouillard… ce n'est pas un obstacle, c'est un terrain de jeu. Et pas n'importe lequel.
Pourquoi shooter sous la pluie, la neige ou le brouillard ?
La transformation urbaine
Le mauvais temps change radicalement l'ambiance urbaine. La pluie transforme les trottoirs en miroirs improvisés, les lampadaires deviennent des étoiles scintillantes, et les vitrines se muent en tableaux lumineux. La neige simplifie tout : elle recouvre les détails superflus et adoucit les contours, créant une uniformité visuelle rare. Quant au brouillard, il enveloppe la ville d'un voile mystérieux, atténuant les détails et donnant une profondeur presque cinématographique à vos compositions.
Bref, une scène que vous trouvez banale sous le soleil devient soudainement magique et intrigante.

L'avantage de la solitude
Et puis soyons honnêtes : tout le monde reste chez soi quand il pleut ou que la brume tombe. Résultat ? Des rues plus vides, plus calmes, et vos images gagnent instantanément en impact. Plus de foule qui encombre vos cadrages, plus de touristes qui photobombent vos compositions. Juste vous, la ville, et cette atmosphère particulière.

Les parapluies : vos alliés graphiques inattendus
Les parapluies, c'est génial pour la street photography. Un petit dôme coloré dans la foule grise, et hop, votre point focal est trouvé. Photographiez-les de haut pour créer des motifs répétitifs, en contre-jour pour jouer avec la transparence, ou isolez-en un seul pour créer du mystère. Vous pouvez aussi capturer cette marée de parapluies pressés sur le trottoir aux heures de pointe.
Bonus non négligeable : ils protègent aussi votre matériel. Pratique, non ?


Astuce pro : Un parapluie transparent ou semi-transparent en contre-jour peut créer des effets lumineux vraiment esthétiques. Testez !
Reflets, flaques et lumière : le sol devient votre meilleur ami
La pluie transforme chaque flaque en miroir urbain. Baissez-vous, cherchez les reflets des bâtiments, des passants, des néons. Jouer avec le sol change complètement votre perspective et rend vos photos beaucoup plus dynamiques.
Techniques pour exploiter les reflets :
Positionnez-vous au ras du sol pour maximiser l'effet de miroir
Cadrez pour que le reflet domine l'image
Expérimentez avec la mise au point : sur le reflet ou sur le sujet réel ?
Recherchez les flaques devant des éléments architecturaux intéressants
Même la lumière des lampadaires se multiplie dans l'eau, créant des bokeh naturels. Avec le brouillard en prime, ces reflets prennent un côté presque irréel, comme si la ville flottait dans un rêve.


La neige : votre filtre naturel gratuit
La neige simplifie les compositions et fait ressortir les couleurs de manière spectaculaire. Un manteau rouge, un taxi jaune, un parapluie bleu vif… tout devient éclatant contre le blanc immaculé.

Jouer avec la vitesse d'obturation :
Rapide (1/250s ou plus) : fige les flocons comme des points blancs suspendus
Moyenne (1/60s à 1/200s) : compromis entre netteté et mouvement
Lente (1/30s ou moins) : transforme les flocons en traînées poétiques
Les traces de pas fraîches deviennent aussi des lignes directrices éphémères pour vos compositions. Profitez-en avant qu'elles ne soient piétinées !
Attention à l'exposition : La neige blanche trompe votre appareil qui va sous-exposer. Compensez en ajoutant +1 à +3 stops d'exposition selon les conditions.

Le brouillard : maître de l'ambiance
Le brouillard, c'est le roi de la profondeur et des silhouettes mystérieuses. Les passants se découpent comme des fantômes, les lampadaires s'estompent dans le voile gris, et les bâtiments se devinent plus qu'ils ne se voient.
C'est parfait pour créer de l'ambiance, de la mystique et des compositions minimalistes. Le brouillard efface les distractions et ne garde que l'essentiel : les formes, les volumes, les contrastes.


Le noir et blanc : votre super-pouvoir
Passez en noir et blanc et la magie opère. Le N&B renforce la tension graphique entre le ciel voilé, les structures urbaines et les silhouettes humaines. Les formes se détachent, les textures s'affirment, et les contrastes deviennent plus dramatiques et poétiques.
Moins de couleur = plus de lisibilité + plus d'émotion.
Le brouillard et la pluie offrent déjà une palette naturellement désaturée, alors autant pousser la logique jusqu'au bout. Vous allez adorer le résultat.

Protéger votre matériel : les bases incontournables
Protection de l'appareil
Ne négligez pas cette partie, sinon votre session se terminera en drame.
Un parapluie (solution la plus simple)
Une housse imperméable ou un simple sac plastique en dépannage
Un pare-soleil pour éloigner les gouttes de la lentille frontale
Un chiffon microfibre pour essuyer régulièrement
Si vous avez du matériel tropicalisé, vous avez déjà une longueur d'avance, mais restez vigilant quand même.
Gestion des batteries
Le froid intense épuise rapidement les batteries lithium-ion. Comptez une réduction de capacité jusqu'à 50% par temps très froid.

Solutions :
Transportez plusieurs batteries de rechange
Gardez-les contre votre corps pour les maintenir au chaud
Utilisez des chauffe-mains dans vos poches
Le piège de la condensation
Attention au passage brutal du froid extérieur à la chaleur d'un café ! La condensation peut se former sur et dans votre équipement.
Protocole anti-condensation :
Placez votre appareil dans un sac plastique étanche avant d'entrer
Laissez-le revenir progressivement à température ambiante dans le sac
Attendez 30 minutes à une heure avant de sortir l'équipement
Cette simple précaution évite des dégâts potentiellement coûteux
Techniques rapides pour réussir vos prises de vue
Réglages recommandés
Sous la pluie :
Mode priorité ouverture pour garder une main libre (parapluie oblige)
Ouverture large (f/2.8 à f/4) pour capter la lumière
ISO adaptatif selon la luminosité
Vitesse minimale : 1/250s pour figer les gouttes

Sous la neige :
Compensation d'exposition : +1 à +3 stops
Balance des blancs sur "Flash" ou "Nuageux" (évite la dominante bleue)
Vitesse selon l'effet désiré (voir section neige ci-dessus)
Cherchez la couleur
Dans l'uniformité grise ou blanche du mauvais temps, la couleur devient un élément narratif puissant. Traquez les parapluies colorés, les enseignes lumineuses, les imperméables vifs, les taxis, les vitrines de magasins. Chaque tache de couleur raconte une histoire.

L'œil du photographe : observer les comportements
Sous la pluie, la neige ou le brouillard, les gens changent de comportement. Ils se pressent, baissent la tête, se protègent, se replient sur eux-mêmes. Les expressions deviennent plus authentiques, les gestes plus révélateurs.
Observer ces moments donne des images vivantes et profondément humaines. C'est là que la vraie street photography opère : capturer ces instants fugaces où les masques sociaux tombent.
Moments à capturer :
Les passants qui luttent contre le vent
Les premières secondes d'une averse (la surprise sur les visages)
Les personnes qui s'abritent sous un porche
Les regards concentrés sur le sol pour éviter les flaques
Les enfants qui jouent avec la pluie ou la neige
L'imperfection fait partie du charme
N'oubliez pas : un peu d'imperfection est non seulement acceptable, mais fait souvent partie du charme de ces photos. Des gouttes sur l'objectif, un léger flou de mouvement, une mise au point décalée… Ces "défauts" renforcent l'authenticité et l'atmosphère de vos images.
Ne cherchez pas la perfection technique absolue. Cherchez l'émotion, l'ambiance, l'instant.

En résumé : embrassez les éléments
Pluie, neige, brouillard… ce n'est vraiment pas un ennemi. C'est une invitation à voir la ville autrement, à capturer des moments uniques que la majorité des photographes ne prendront jamais la peine de chercher.
Les images créées dans ces conditions possèdent une qualité émotionnelle particulière : une vulnérabilité, une mélancolie, parfois une joie pure face aux éléments. Elles racontent des histoires différentes, plus intimes, plus authentiques.
Alors la prochaine fois que le ciel se fâche, ne râlez pas. Ne restez pas sous la couette à scroller Instagram. Attrapez votre parapluie, vérifiez vos batteries, protégez votre matériel, et sortez photographier la ville sous un nouveau jour.
C'est là, dans l'inconfort et le drôle de temps, que se trouvent souvent les images les plus mémorables, celles qui marquent vraiment.

Le mauvais temps n'est pas un obstacle, c'est une invitation à transformer la ville en votre studio improvisé.
Maintenant, à vous de jouer. La prochaine averse, c'est votre signal de départ !
P.S. : Si vous voyez un photographe complètement trempé avec un sourire béat en train de photographier une flaque à 6h du matin sous la pluie battante, ne vous inquiétez pas. C'est juste quelqu'un qui a lu cet article. Saluez-le, il fait partie de la confrérie des fous de la street photo.



Je pense éviter l’hôpital psychiatrique tout en étant convaincu de ce qu’écrit et pense Éric Forey. Au fond la photo ne se pratique pas aux heures de bureau.