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Coup de foudre



Je ne l'utilise presque jamais, cette expression. Elle me semble trop facile, trop vague. Mais là, je n'ai pas d'autre mot.



Quand j'ai ouvert La photographie moderniste brésilienne (1939-1964), publié par Atelier EXB à l'occasion des Rencontres d'Arles 2025, j'ai eu le sentiment immédiat de retrouver mon langage photographique. Pas un langage proche. Mon langage. La même planète.

L'architecture moderniste et ses lignes souples, les motifs botaniques où contrastent ombres et lumières, les jeux de perspectives teintés d'un goût pour l'abstraction.



C'est mot pour mot ce que j'essaie de faire depuis des années. Ce que j'enseigne. Ce que je cherche dans chaque ville où je pose le pied. J'ai rarement autant eu le sentiment de comprendre un mouvement photographique, pas intellectuellement, viscéralement.



J'y retrouve mes angoisses. Mes obsessions. Ce rapport à la géométrie qui n'est pas décoratif mais presque existentiel. Cette façon de traiter l'architecture comme un sujet vivant, pas comme un décor. Ma sensibilité est contenue là-dedans, portée par des gens qui travaillaient à São Paulo dans les années 1940 sans savoir que quelqu'un comme moi les lirait un jour avec ce sentiment de reconnaissance totale.



Dans les années 1940, le Brésil connaît une mutation profonde. Le pays s'industrialise, accueille une forte diaspora européenne qui fuit le nazisme, et devient un terrain fertile pour les avant-gardes artistiques. Dans ce contexte, Geraldo de Barros, Gertrudes Altschul, José Oiticica Filho, Thomaz Farkas et les autres n'ont pas photographié pour documenter. Ils ont photographié pour penser. Pour mettre en forme une inquiétude sur le monde moderne. C'est exactement ça qui me touche.

Ce mouvement n'avait jamais fait l'objet d'une publication en France. Quatre-vingts ans de lacune. Ce livre répare quelque chose.



Cent vingt œuvres, structurées en trois parties, la photographie des clubs photo, le photojournalisme, la photographie documentaire. Une architecture éditoriale solide, des textes qui travaillent vraiment, pas du remplissage. Le tout s'inscrit dans le même élan que l'architecture d'Oscar Niemeyer, le cinéma Novo, la Bossa Nova, un pays entier qui décide de voir autrement, simultanément, dans toutes les disciplines. Cette conviction collective, je la sens dans chaque image.

Ce livre ne m'inspire pas. Il me reconnaît. Si ça voius tente (je n'y ai aucun intérêt financier)



 
 
 

1 commentaire


Bonjour, j'ai eu l'occasion d'admirer certaines de ces photographies pendant les rencontres d'Arles 2025...

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